Entretien avec Mme Brigitte Renouf Conservateur général des bibliothèques

Grâce au soutien de la fondation, Mme Brigitte Renouf est actuellement au Japon pour mener une étude sur les bibliothèques.

Sujet passionnant et quelque peu obscur pour les béotiens, nous lui avons demandé quelques éclaircissements.

Comment vous est venue l’idée de faire cette recherche sur les bibliothèques japonaises ?
Après un parcours de trente ans dans les bibliothèques, j’ai décidé de prendre un congé d’étude pour élargir mon champ professionnel. Je souhaitais concilier un intérêt personnel pour le Japon, un pays dont j’aime la culture de longue date, avec un but professionnel consistant à découvrir une réalité professionnelle autre que celle que je connais. En cherchant, je me suis aperçue que les bibliothèques japonaises étaient pour ainsi dire inconnues en France. On ne trouve que quelques articles, relativement anciens, dans la presse professionnelle. Cela méritait donc qu’on s’y intéresse davantage. Chaque pays sécrète un modèle particulier issu de son histoire et de sa culture. Le Japon ne fait pas exception à la règle. Au final, c’est aussi une opportunité faire connaître le Japon sous un angle différent et un peu inattendu. Cette démarche, ouverte, favorisant les échanges, a intéressée la Présidence de mon université qui a décidé de soutenir le projet. Avec plus de quarante bibliothèques visitées, j’ai rencontré beaucoup de collègues japonais et j’espère pouvoir leur faire un retour de ce travail.

Quelles sont les principales différences, selon vous, entre les bibliothèques japonaises et françaises ?
Travaillant en bibliothèque universitaire, j’avais choisi de faire une étude comparative entre la France et le Japon. Le sujet était trop vaste. Je me suis focalisée sur les nouvelles constructions de bibliothèques, universitaires et publiques. Au risque d’être déçu, on ne voit pas de différence notable entre les bibliothèques japonaises et françaises car le modèle japonais de la bibliothèque moderne est d’inspiration occidentale. En plus, l’architecture s’est internationalisée. C’est particulièrement vrai pour les universités. Engagées dans un mouvement de mondialisation, on aboutit à un modèle très proche d’un pays à l’autre, que l’on retrouve aussi bien aux Etats-Unis, en Europe ou au Japon, avec des bibliothèques universitaires qui ont intégré des espaces de travail collaboratifs et des services très similaires. Le geste « architectural » fait la différence. Je pense par exemple à l’université Seikei à Tokyo, construite par Shigeru Ban en 2006, avec ses fameuses planètes.

Les bibliothèques deviennent des lieux où l’on peut faire communauté, où la culture et l’histoire font partie d’un patrimoine commun partagé par la population.

Le champ des bibliothèques publiques est plus intéressant. La France a produit la médiathèque. Au Japon, la bibliothèque est avant tout une institution avec des livres. Les bibliothèques qui ouvrent actuellement sont le résultat, pour certaines d’entre elles, de politique impulsées par les autorités politiques qui souhaitent redynamiser les villes et les régions dans un contexte démographique très compliqué. Les bibliothèques deviennent des lieux où l’on peut faire communauté, où la culture et l’histoire font partie d’un patrimoine commun partagé par la population. Dans certaines bibliothèques, des salles avec des tatamis sont apparues ! Autre indice, la décoration de l’atrium de la nouvelle bibliothèque préfectorale d’Okinawa est inspirée directement de l’architecture locale et rappelle la barrière corallienne. La bibliothèque de Moriyama, près du Lac Biwa, construite par Kengo Kuma, est, quant à elle, principalement en bois, le matériau de l’architecture traditionnelle japonaise. Cela reste cependant très contemporain. Je ne suis pas sûre que l’on retrouve l’équivalent en France. En un certain sens, le modèle a été japonisé !

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