Interview des membres du Comité des concerts de charité pour les sinistrés du séisme au Japon à Paris

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La Fondation : Pouvez-vous vous présenter ?

Kanako Abe : Je suis chef d’orchestre, diplômée du conservatoire de Paris. J’exerce principalement en France et en Europe de l’Ouest. Je réside en France depuis 14 ans.

Keita Matsumiya : Je suis étudiant au CNSM de Paris. Avant, je travaillais au Japon pour la Fondation Arion-Edo dans l’équipe de planning des projets musicaux. Je suis en France depuis 3 ans.

Hiromi Watanabe  : Je suis compositrice de musique électroacoustique et élève au Conservatoire de Pantin. Au Japon, j’étais étudiante en musicologie et étudiais la musique contemporaine. Je suis en France depuis 4 ans.

Mme Abe, dirigez-vous toutes les musiques ?

KA : Oui, j’ai fondé mon ensemble de musique contemporaine l’Ensemble Multilatérale avec lequel je donne de nombreuses créations contemporaines. Pendant un an, j’ai été chef assistante à l’Opéra et à l’Orchestre National de Montpellier. J’ai dirigé beaucoup d’opéras.

Mais le contemporain est votre domaine de prédilection ?

KA : Oui, car j’ai fais des études de composition à l’Université Nationale des Beaux-Arts et de Musique de Tokyo (Geidai) et mon mari, Régis Campo, est un compositeur français.

M. Matsumiya, que composez-vous comme musique ?

KM : Je compose de la musique instrumentale mais également de la musique électroacoustique. A partir du 7 septembre prochain, je serai chercheur stagiaire à l’IRCAM.

« Le Comité est né le 13 mars (...) pour rassembler des musiciens et donner ces concerts. »
Keita Matsumiya

Pouvez-vous nous expliquer comment est né le Comité ?

KM : Le Comité est né le 13 mars, deux jours après le tremblement de terre. D’abord, j’ai reçu un appel téléphonique de mon ami compositeur et ancien étudiant du CNSM Paris, Ryo Dainobu qui habite près de l’épicentre du séisme. J’ai également reçu un appel de Tomomi Hirano qui est violoncelliste. Tout les deux demandaient ce que nous pouvions faire en tant que musiciens pour venir en aide au Japon. Puis, une heure après, Mme Kanako Abe m’a appelé pour me faire part de son intention de faire des concerts de charité. Nous avons donc créé le Comité pour rassembler des musiciens et donner ces concerts.

Avez-vous eu du mal à trouver des gens pour composer le Comité ? Vous connaissiez-vous ?

KM : Nous nous connaissions tous et comme Mme Abe est une ancienne étudiante du CNSM de Paris et était jusqu’à récemment professeur au CNSM de Paris, elle connait bien cette école et a l’expérience pour diriger.

KA : C’est en dirigeant un concert autour des créations des œuvres des étudiants en composition dans le cadre de l’Atelier de composition organisé par CNSM de Paris, que j’ai fait connaissance des deux membres du Comité, Keita Matsumiya et Naoki Sakata. Après ce concert nous avons gardé contact.

Combien de personnes composent le Comité ?

KM : Neuf personnes le composent : La Présidente, Mme Kanako Abe, le Vice-Président, moi-même, une assistante de gestion Mme Hiromi Watanabe, deux Chargés de scène, Naoki Sakata, compositeur et Akino Kamiya, percussionniste, pour les relations avec les personnes, Tokiko Hosoya, pianiste, une responsable de la série de musique de chambre, Tomomi Hirano, pour les concerts avec créations, Yumiko Yokoi, compositrice, dans le cadre du concert des créations, une chargée de Chœur, Chinatsu Saito, chanteuse et un chargé du site internet, Akihiko Kondo, photographe. Au Japon, le responsable de gestion est Ryo Dianobu, compositeur.

Que se passe-t-il au Japon ?

KA : L’information sur nos activités y est diffusée.

Toutes ces personnes se connaissaient donc avant. Par contre, ce n’était pas votre métier. Ca n’a pas été trop difficile à organiser ?

KA : Comme vous pouvez vous l’imaginer, on ne comprenait rien au début…sauf M. Matsumiya qui avait un peu d’expérience. Mais, organiser un concert à l’Unesco avec la participation de plus de 110 musiciens sur scène, nous ne savions pas ce que cela représenterait…

Avez-vous eu du mal à trouver des salles ?

KA : Non. Et c’est M. Matsumiya qui a eu l’idée de contacter l’UNESCO.

L’UNESCO a-t-il facilement accepté ?

KM : J’ai contacté deux personnes que je connaissais qui travaillent à l’Unesco. Ils nous ont aidé… Au début nous avions un peu de difficulté mais après on a eu plusieurs personnes qui ont soutenu notre projet.

Etaient-ils satisfaits à l’UNESCO ?

KM : Oui tout à fait. Ils ont dit que c’était la première fois pour eux.

KA : C’était la première fois qu’il y avait un concert symphonique d’une telle ampleur à l’Unesco.

KM : Et il y avait beaucoup de spectateurs, 1.350 personnes.

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« Le seul moment où l’orchestre a été au complet c’était pendant le concert. »
Kanako Abe

Comment avez-vous fait pour recruter les musiciens ?

KA : Nous avons commencé par Facebook avec une fiche de recrutement de musiciens volontaires pour composer un orchestre. En une journée, nous avons eu 60 réponses.

De musiciens Français ?

KA : Français et Japonais. Nous avons eu plus de 200 réponses positives.

Vous avez donc été obligés de sélectionner. Quels ont été vos critères ?

KA : J’ai sélectionné en fonction de l’expérience. C’était déjà difficile de diriger un tel orchestre avec si peu de préparation.

Les niveaux étaient disparates ?

KA : Oui, il y avait des professionnels, des étudiants et quelques amateurs. Le plus expérimenté était le premier violon solo de l’Orchestre Symphonique de Londres (London Symphony Orchestra) qui habite en Belgique et était venu avec sa femme violoncelliste.

Ils sont venus, à leurs frais pour le concert ?

KA : Oui, c’était très généreux de leur part.

Comment se sont passées les répétitions ?

KA : Nous n’avons eu qu’une répétition, le samedi matin.

KM : Trois heures seulement samedi et une générale le dimanche.

KA : Le seul moment où l’orchestre a été au complet c’était pendant le concert.

Avez-vous fait la programmation en prenant cela en considération ?

KA : Non, pas vraiment. J’ai choisi le morceau de Toru Takemitsu, Requiem pour orchestre à cordes car il été écrit dans les années 50, après la guerre. Je pense que Takemitsu a mis dedans des messages de paix et d’avenir.

C’est Mami Hagiwara, la pianiste qui a souhaité que nous jouions le Concerto pour piano en sol majeur de Maurice Ravel. C’est très intéressant car c’est l’une des premières œuvres que Ravel est parvenu à écrire après le décès de sa mère qui l’avait beaucoup affecté. C’est une une œuvre écrite après un grand drame dont on se relève difficilement.

Le dernier morceau, La Symphonie du Nouveau Monde de Dvorak, est une première composition du compositeur après son installation à New York (le nouveau monde pour lui !). Dvorak lui-même disait que c’est une œuvre inspirée des chants populaires américains, mais objectivement c’est une œuvre avec beaucoup de nostalgie pour son pays natal, la Tchéquie ! Outre la puissance et l’optimisme qui se trouvent dans cette symphonie, c’est surtout pour la relation du compositeur vers son pays natal que j’ai choisi ce morceau.

Et vous avez joué ces œuvres avec très peu de répétition, c’est remarquable ! Combien étiez-vous, finalement, sur scène ?

KA : 110 musiciens et 40 choristes pour les chansons de la fin. Plus les techniciens et les régisseurs et les personnes chargées de l’accueil… cela faisait environ 170 personnes.

Le Comité va-t-il continuer à vivre ou bien est-il appelé à disparaitre ?

HW : Nous avons d’autres concerts prévus, à la Maison de la culture du Japon à Paris fin avril et puis nous aimerions organiser d’autres concerts. Mais il faudra du temps pour rassembler tous les musiciens.

KM : Nous pensons continuer les concerts pendant encore un an, mais en en faisant un tous les deux mois par exemple. La reconstruction du Japon va prendre du temps et l’aide sera toujours bienvenue.

Quelle est votre actualité à chacun en ce moment ?

KA : Début mai, je participerai au Festival GMEM à Marseille en dirigeant mon Ensemble Multilatérale. A cette occasion je serai invitée à une émission de radio pour parler de mon parcours musical.

Fin mai, je partirai en Croatie pour participer en tant que pianiste à des concerts de chœurs japonais et croates.

Après la direction d’un concerto pour saxophone de Marius Constant dans le cadre de l’examen de la fin de cursus au CNSM de Paris, je participerai début juillet au Festival des Forêts à Compiègne en tant que pianiste pour un concert Beethoven-Liszt.

Puis, je donnerai un concert fin juillet à Osaka et partirai fin août pour une tournée en Amérique du Sud avec mon ensemble...

KM : J’écris une pièce pour soprano et koto de 13 cordes qui sera dédiée aux sinistrés du séisme. Cette pièce est écrite pour un le concert d’une amie qui sera donné à l’occasion de son prix au mois de juin au CNSM de Paris. Ensuite, j’écris une autre pièce d’ensemble pour 13 musiciens, pour l’Atelier de composition qui aura lieu en juillet au festival de Centre Acanthes auquel on m’a demandé de participer. Et puis, en septembre, je travaillerai en tant que stagiaire au cursus 1 de l’IRCAM.

HW : Je suis en train d’effectuer deux projets en musique électroacoustique. En février, j’ai obtenu le prix ACSM116. C’est le concours de composition en musique acousmatique qui a lieu à Tokyo. Je pense organiser un concert de solidarité pour les amateurs de ce genre de la musique.

Merci à vous pour votre disponibilité et tout ce que vous avez fait.

Propos recueillis le 19 avril 2011

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