Entretien avec M. Benoit Lepouzé

Association Amicale Franco-Japonaise (AAFJ) du Lycée Jean de Lafontaine

Depuis l’année scolaire 2010-2011, la Fondation soutien l’Association Amicale Franco-Japonaise (AAFJ) du Lycée Jean de Lafontaine. Le Président, M. Tominaga a rencontré M. Benoit Lepouzé Président de l’AAFJ.

JPEG - 379.7 ko

M. Tominaga : Pour une famille japonaise, la présence du collège et lycée La Fontaine est très importante. Nombres d’entreprises japonaises qui souhaitent créer des filiales en Europe préparent des listes de villes candidates, Londres, Paris, etc. ; et l’un des critères majeurs de choix est de pouvoir offrir aux employés la garantie que leurs enfants pourront recevoir une bonne éducation sur place et continuer à travailler leur langue maternelle. Permettez-moi de vous faire part de mon expérience personnelle : mes trois enfants sont allés au Lycée La Fontaine car c’est le seul lycée public à Paris qui a une section japonaise.

M. Lepouzé : Vous avez raison, il s’agit du seul établissement dans Paris intra-muros avec une section japonaise OIB (Option internationale du Baccalauréat. Cette option permet aux élèves qui la présentent de passer le baccalauréat français général (série L, ES ou S) en passant des épreuves spécifiques en langue et littérature ainsi qu’en histoire-géographie, le programme et le contenu de ces deux dernières épreuves étant arrêtés par les autorités pédagogiques françaises et étrangères (japonaises dans notre cas), qui permet aux enfants qui la suivent d’avoir le même niveau en japonais que des élèves japonais au Japon. Il existe un autre établissement à Saint-Germain-en-Laye qui propose cet enseignement de la maternelle au baccalauréat avec l’inconvénient d’être difficile d’y entrer en cours de cursus car les classes sont déjà pleines. Il y a également un autre établissement à Lyon, et un seul autre à faire cela dans le monde, le lycée franco-japonais de Tokyo.

M. Tominaga : Dans mon cas, j’habitais Boulogne et n’étais pas dans la bonne académie, la priorité étant donnée aux parisiens. Il m’a été difficile de faire inscrire mes enfants à La Fontaine.

M. Lepouzé : Oui, il faut alors faire une demande de dérogation par rapport à la carte scolaire. C’est pourquoi, depuis quelques années nous prenons grand soin à accompagner les parents dans leurs démarches. Cette dérogation est toujours obtenue, notamment grâce à l’implication de Madame le Proviseur, mais cela reste une source de stress pour les parents, notamment d’origine japonaise, qui ne sont pas habitués aux complications administratives françaises.

L’académie de Versailles, dont fait partie l’établissement de Saint-Germain-en-Laye, a une procédure spéciale pour les sections internationales, contrairement à celle de Paris. Si vous passez le test d’admission et que vous avez le niveau, les établissements traitent directement avec le rectorat en épargnant ainsi aux familles les procédures de dérogation. Si l’Académie de Paris pouvait s’inspirer de celle de Versailles sur ce point, cela tranquilliserait considérablement les parents.

« (...) depuis quelques années nous prenons grand soin à accompagner les parents dans leurs démarches. »
Benoit Lepouzé

M. Tominaga  : Comment, en tant qu’association, pouvez-vous aider les familles qui habitent en dehors de Paris à demander leur dérogation ?

M. Lepouzé : Nous organisons des réunions de portes ouvertes, aussi bien en français qu’en japonais, ainsi que des réunions d’information préalablement au test d’admission. Lors de ces réunions, nous expliquons le principe ainsi que la façon d’entrer dans nos sections. Cette année, la réunion porte ouverte aura lieu au lycée le 1er décembre à partir de 10h.

Nous avons l’avantage d’avoir parmi nos nombreux membres, quelqu’un qui s’est trouvé exactement dans la même situation que l’un des candidats (venant d’un établissement privé de la même académie, venant d’une autre académie, venant de l’étranger, etc.) et qui pourra donc faire part de sa propre expérience.

M. Tominaga  : Puisque vous évoquez ces réunions d’information, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l’enseignement du japonais à La Fontaine ? Existe-t-il différents niveaux ?

M. Lepouzé : Il faut bien différencier la section OIB, dont j’ai parlé jusqu’à présent, de l’enseignement du japonais en tant que langue étrangère. Il est vrai que de nombreux élèves franco-japonais ont pris l’option de l’étude du japonais en tant que langue étrangère et que cela a conduit à la création de niveaux mais sous les contraintes budgétaires que connaît le pays actuellement, la tendance est plutôt à se recentrer sur l’enseignement du japonais à destination des débutants complets. Et cette tendance rend les cours plus adaptés aux enfants intéressés par la langue et la culture japonaises et désireux de la découvrir plutôt qu’aux enfants qui parlent déjà la langue à la maison.

A côté de cela, nous maintenons la section OIB dont l’objet est d’offrir une vraie éducation bilingue et nous souhaitons que les enfants franco-japonais (et bien sûr japonais !) s’orientent plutôt vers cette section, même s’ils craignent de ne pas posséder le niveau au début.

M. Tominaga : Mais on m’a dit que le test d’admission OIB japonais était très difficile !

M. Lepouzé : Oui, nous demandons un bon niveau et cela fait souvent peur. Notre objectif n’est pas de brader le niveau d’entrée car nous n’aurions alors qu’un nombre de plus en plus limité d’élève qui pourraient continuer le cursus jusqu’au bac et cela représenterait à terme la mort de la section et une grande perte tant pour le lycée que pour la communauté japonaise à Paris.

Pour autant, les parents (et c’est normal) ont tendance à sur-valoriser ce test d’admission. Nous organisons ce test d’admission non pour exclure mais pour nous assurer que les enfants ne seront pas en situation d’échec une fois dans la section. Or, nous sommes intimement convaincus que, plus que le niveau, la motivation est l’élément clé de la réussite. Même lorsque le niveau est un peu limite, si la motivation est présente, on s’aperçoit que l’élève rattrape vite ses camarades. Les professeurs peuvent donner un peu plus de travail à la maison pour aider les élèves à rattraper leur retard et le soutien des parents est ici crucial. La commission d’admission tient donc compte autant de la motivation (de l’élève comme des parents) que du niveau dans le choix des élèves.

L’une des grosses difficultés pour le recrutement tient au fait que les Japonais manquent souvent de confiance en eux et qu’ils pensent que leur enfant ne pourra pas suivre. Nous essayons donc de les motiver et de les convaincre à passer le test même s’ils doutent de leur niveau. L’important est d’en avoir envie.

M. Tominaga : Vous dites que c’est la motivation qui peut faire la différence ?

M. Lepouzé : Oui et j’aimerais d’ailleurs vous faire part du cas de ma fille aînée : elle a étudié le japonais à la maison jusqu’en sixième-cinquième avec mon épouse japonaise et suivi des cours par correspondance. Nous ne l’avons pas inscrite au collège La Fontaine car nous ignorions son existence. En troisième, elle a appris que le lycée existait et nous a dit qu’elle voulait suivre la section japonaise. Au début, je m’y suis bien sûr opposé lui disant que ce serait trop difficile car elle ne faisait plus de japonais depuis plusieurs années. Mais elle était motivée, alors nous lui avons acheté des livres. Elle a travaillé avec sa mère pendant les vacances de Pâques et passé le test d’admission avec succès. Et je suis émerveillé par les progrès qu’elle a fait depuis. Cela montre qu’avec de la motivation on peut y arriver.

« (...) nous sommes intimement convaincus que, plus que le niveau, la motivation est l’élément clé de la réussite »
Benoit Lepouzé

M. Tominaga : Mais j’ai entendu que beaucoup d’élèves, une fois pris, n’arrivaient pas à suivre et arrêtaient.

M. Lepouzé : Non, c’est plutôt le contraire. Les élèves pris continuent tous au moins jusqu’en troisième. La légère perte d’effectif que nous constatons est due au déménagement des élèves et non pas à un niveau insuffisant.

En revanche, les choses se gâtent en seconde même si, encore une fois, cela n’est pas un problème de niveau : jusqu’à présent, le lycée disait que si l’élève continuait en seconde, il devait alors obligatoirement passer son bac en section OIB. Et la peur du bac jouait en la défaveur de l’option, certains élèves craignant de perdre des points en persévérant dans l’option, même si l’expérience nous montre que c’est plutôt le contraire qui se passe.

Nous en avons donc discuté avec le lycée et proposé que les élèves suivant la section OIB gardent en terminale le choix de passer le bac qu’ils souhaitent (OIB ou classique). Nous faisons le pari qu’en restant dans la filière OIB, ces élèves se rendent compte que le bac OIB est tout à fait à leur portée.

M. Tominaga : Et combien d’élèves avez-vous en section OIB ?

M. Lepouzé : Cette année en OIB il y a 35 élèves et nous travaillons à augmenter l’effectif. C’est mieux que l’année dernière, 26 élèves, mais moins bien qu’à une période où il y en avait une cinquantaine.

M. Tominaga : Comment avez-vous réussi à augmenter le nombre d’élèves ?

M. Lepouzé : La communication y est pour beaucoup car nous sommes paradoxalement peu connus de la communauté japonaise. L’association a également accompagné les parents des enfants candidats. Nous leur avons expliqué beaucoup de choses, démystifié le test et gardé le contact tout au long de l’année… Depuis l’année dernière, l’association fait partie de la commission d’admission car nous connaissons bien la problématique des couples japonais ou franco-japonais. Nous pouvons ainsi expliquer certains problèmes spécifiques aux élèves japonais ou franco-japonais qui rencontrent par exemple souvent des difficultés avec la conjugaison française. Cela ne veut pas dire que ce sont des mauvais élèves mais que les choses ne sont pas acquises au même moment que des enfants franco-français. Nous ne souhaitons pas avoir une approche élitiste car cela nous donnerait un effectif trop réduit. Je déconseillerais ce cursus à des enfants en grande difficulté mais pour un élève sans lacune particulière, c’est tout à fait à leur portée.

M. Tominaga : J’ai aussi un autre exemple qui pose problème. S’il s’agit d’une famille japonaise qui ne parle pas français, l’élève aura beaucoup plus de mal pour les matières en français comme les mathématiques…

M. Lepouzé : Effectivement, c’est très compliqué, mais ce sont des cas très rares. On a l’espoir de développer une filière d’accueil pour les élèves non-francophones mais cela mettra du temps et il faudrait une volonté politique des deux pays. Le proviseur seul ne peut rien faire.

Aujourd’hui, je ne vous cache pas que mon cœur de cible sont les enfants de couples franco-japonais qui ont réussi bon an mal an à enseigner le japonais à leur progéniture jusqu’en CM2. Je souhaiterais envoyer un message aux parents franco-japonais sur Paris : enseignez le japonais à vos enfants dès le CP dans la perspective de leur permettre un jour de suivre la section OIB. Plus vous vous y prendrez tard, plus ce sera difficile pour eux.

M. Tominaga : Vous avez raison mais pour revenir au cas des enfants issus de couples japonais, permettez-moi de prendre à mon tour l’exemple de mes enfants : Même s’ils ont vécu assez longtemps en France quand ils étaient petits, lorsqu’ils sont revenus en France après une période de vie au Japon, ils ont eu beaucoup de difficultés à l’école française. J’étais convoqué par le proviseur qui me disait que mes enfants n’avaient pas de bonnes notes, et à chaque fois je disais que c’était normal, qu’il fallait leur laisser du temps, qu’ils étaient très motivés et qu’ils y arriveraient. C’était difficile de convaincre le lycée, surtout les professeurs de langue française ! Mais la preuve en est qu’ils ont obtenu leur bac OIB et avec mention. Mon exemple démontre qu’il faut donner du temps aux élèves. Votre association doit essayer d’expliquer ce problème au Lycée.

M. Lepouzé : Je pense que la Proviseur en est consciente et la meilleure preuve c’est qu’elle applique le même raisonnement aux élèves qui n’ont pas tout à fait le niveau en japonais car elle voit qu’ils sont capables de rattraper leur retard. C’est plus difficile à accepter en français parce que c’est un établissement français mais s’il y a des expériences réussies, on peut probablement aller dans cette voie. Néanmoins le proviseur seul ne peut décider de ça. Il faudrait vraiment l’appuyer et en faire une filière à part entière.

Accueillir ainsi des élèves japonais non-francophones tout en leur permettant de continuer à suivre les cours de langue et de littérature japonaises ainsi que d’histoire-géographie ferait encore grossir notre effectif. Or ces enfants forment un pont entre nos deux cultures.

M. Tominaga : Bien sûr, l’avantage de cette section japonaise et de l’OIB c’est que ça permet d’élever et former des jeunes générations qui peuvent comprendre ces deux cultures différentes. Cela enrichit les échanges. Je pense également que votre mission en tant qu’association est très importante pour faire un pont entre la famille et l’école.

M. Lepouzé : Le côté positif, c’est que ces enfants japonais seraient plongés dans un environnement certes français mais avec des camarades qui parlent le japonais. Ce ne serait donc pas trop difficile pour eux de s’adapter. C’est un cadre idéal pour capter la culture française et je pense que les Japonais en bénéficieraient beaucoup, comme les franco-japonais aujourd’hui.
 

« (...) l’avantage de cette section japonaise et de l’OIB c’est que ça permet d’élever et former des jeunes générations qui peuvent comprendre ces deux cultures différentes. »
Shigeatsu Tominaga

M. Tominaga : Oui, c’est important pour les deux pays. Et notre fondation a pour but de développer les relations entre la France et le Japon, notamment dans le domaine de l’éducation. C’est pourquoi nous avons déjà travaillé à plusieurs reprises avec le lycée La Fontaine : un premier voyage linguistique et culturel au Japon en 1999 pour vingt élèves et deux accompagnateurs. Puis le même projet en 2003 et 2005. Au total, une cinquantaine d’élèves et six accompagnateurs sont allés au Japon. Et depuis maintenant trois ans, nous soutenons les cours en langue japonaise.

M. Lepouzé : Oui, et je vous en remercie car vous avez véritablement sauvé cette section : le principe de l’OIB c’est que l’Éducation nationale française fournit les locaux et prend en charge tout l’enseignement français. En revanche, l’enseignement de la langue étrangère de l’OIB, ici le japonais, est à la charge soit du pays étranger, soit des parents qui doivent alors se constituer en association. Jusqu’à récemment, une préfecture japonaise détachait un professeur qui assurait tous les cours de japonais de l’OIB mais, du jour au lendemain, cette préfecture a tout arrêté et la section s’est retrouvée sans professeur et a dû trouver et financer de nouveaux professeurs. C’est là que vous êtes intervenu pour nous aider et je tiens à souligner que si vous n’aviez pas été là, la section aurait probablement fermé. Cela aurait vraiment été dommage car monter une section OIB est beaucoup plus difficile que de la maintenir.

M. Tominaga : Notre subvention suffit-elle ou bien les familles doivent tout de même payer ?

M. Lepouzé : Aujourd’hui les professeurs de première et de terminale sont payés par le rectorat français. Tous les autres professeurs sont à la charge de l’association, donc des familles. Votre subvention nous a donc permis de lisser la nécessaire augmentation de cotisation qu’il fallait faire accepter aux familles. Votre subvention ne couvre donc pas tous nos frais mais n’avait pas vocation à le faire : c’est aux familles de s’assumer. Nous arrivons dans la dernière année où vous nous aidez (année scolaire 2012 - 2013) et votre subvention nous a permis de dépasser la crise que nous avons vécue. Notre objectif est désormais de continuer à augmenter le nombre d’élèves et de répartir le budget pour que cette association demeure pérenne.

Ma stratégie est de me démarquer des sections internationales de Saint-Germain, de Lyon ou du Japon en en faisant une section abordable pour les familles des classes moyennes qui auront donné elles-mêmes l’éducation japonaise de leurs enfants jusqu’au CM2. Il n’y a pas cependant de miracle, pour arriver à avoir un niveau raisonnable, nous allons certes demander aux personnes de l’argent, mais également de s’investir dans l’association et d’effectuer des tâches qui, dans d’autres associations, sont sous-traitées ou effectuées par des employés de l’association. C’est ce qui nous permet d’avoir un budget constitué à plus de 90% par les frais du personnel enseignant.

M. Tominaga : Malheureusement nous ne pouvons effectivement pas soutenir le même projet au-delà de trois années mais je me réjouis de voir que vous pensez pouvoir devenir autonome rapidement. Si une famille n’a pas les moyens de payer, quelle sera alors la solution ?

M. Lepouzé : C’est compliqué car nous n’avons pas les moyens de payer pour eux. Ce que paie une famille actuellement, bien qu’important, n’est pas si élevé que cela en regard du service rendu :1.150 euros par an et 950 euros à partir du deuxième enfant. Cela représente forcément des sacrifices de la part des parents, mais comparé au 2.200 ou 2.300 euros des autres lycées internationaux ou des 15 000 euros demandés à Tokyo, cela n’a rien à voir. En amenant l’effectif à une cinquantaine d’élèves, comme cela a déjà été le cas par le passé, le budget de l’association sera équilibré avec le niveau de participation actuel.

Inversement, si je disais aujourd’hui que la cotisation passe à 2.000 € par enfant, nous aurions des parents qui seraient contraints de retirer leurs enfants de la section pour raison économique. Et plus il y aura d’abandon, plus je devrai augmenter les cotisations. On voit bien à quel cercle vicieux une telle stratégie d’augmentation mènerait.

Mais ce n’est pas notre stratégie et je pense que nous sommes en passe de réussir, notamment grâce à vous.

M. Tominaga : Merci. J’ai une question spécifique à votre fonctionnement. Vous êtes actuellement président de l’association. Quel est le mode d’élection ?

M. Lepouzé : Nous avons un mode de fonctionnement classique d’association loi 1901. Tous les membres votent en Assemblée générale et choisissent un représentant. Nous avons également un Conseil d’administration et des réunions régulières du bureau. Nous sommes tous bénévoles et c’est ce qui permet d’avoir des frais de scolarité modestes.

M. Tominaga : Et quelles sont les conditions nécessaires pour être élu membre du conseil et président ?

M. Lepouzé : Ce sont les mêmes conditions que pour suivre la formation OIB, il faut être motivé. Mais nous le sommes tous car il s’agit de l’éducation de nos enfants. Quoi de plus important ?

M. Tominaga : Et vous êtes obligatoirement parents des élèves ?

M. Lepouzé : Pas nécessairement. Nous avons un ancien parent d’élève par exemple sans qui nous aurions plus de mal à fonctionner car il représente un peu la mémoire de l’association. Nous pouvons imaginer ouvrir l’association à des parents qui n’ont pas leur enfant dans la section OIB… mais c’est un gros investissement et il faut comprendre la problématique, donc ce serait plus compliqué. Bien sûr, si quelqu’un un jour vient en disant qu’il veut nous aider, nous serons très heureux de l’accueillir, mais les membres font cela pour leurs enfants. En revanche, si d’anciens parents d’élèves, comme vous M. Tominaga, veulent nous aider, c’est avec plaisir. Certains sont restés, et même s’ils sont moins impliqués, cela permet de construire une communauté, ce qui est très précieux.

M. Tominaga : Et j’ai entendu dire qu’il existait des sondages de suivi pour les anciens élèves et que leurs résultats par exemple dans les universités en France et au Japon étaient très positifs.

M. Lepouzé : Oui je confirme et c’est une des choses que j’aimerais développer. Avec la volonté actuelle de rapprochement des deux pays que l’on voit dans l’actualité, nous souhaitons miser sur l’enseignement supérieur. Jusqu’à présent, quand l’élève est motivé, il n’a pas de difficultés à se faire accepter dans une université japonaise. Cela est d’ailleurs une raison supplémentaire pour convaincre nos élèves de continuer l’OIB jusqu’au bac. Nous souhaiterions développer ce système de double diplôme qui existe entre certaines universités ou grandes écoles françaises et universités japonaises. Cela se fait beaucoup en Europe et avec les États-Unis. En ce qui me concerne par exemple, j’ai fait ma dernière année d’école d’ingénieur aux États-Unis et ai obtenu les deux diplômes. Nous souhaiterions donc que cela se développe aussi avec le Japon, ce qui serait un motif de prestige pour nos deux pays, d’autant que notre lycée pourrait fournir des élèves parfaitement bilingues, capables de suivre ces doubles diplômes.

M. Tominaga : Cela est en effet très important pour l’avenir de nos deux pays. Et vous n’aimeriez pas créer une association d’anciens élèves de la section dont beaucoup sont aujourd’hui au Japon ?

M. Lepouzé : Oui, nous aimerions beaucoup qu’une telle association existe. Mais je pense que ce n’est pas aux parents mais aux jeunes de le faire, notamment grâce aux réseaux sociaux. Ils sont beaucoup plus inventifs.

Je dois d’ailleurs vous avouer que pour l’instant nous avons beaucoup travaillé à développer notre propre association. C’est très intéressant car du jour au lendemain nous nous sommes retrouvés avec une responsabilité immense, avec des parents qui ne savaient pas trop comment faire. Je me suis d’ailleurs rendu compte, alors que chacun cherchait à trouver sa place, que le fonctionnement des parents japonais et français était radicalement différent.

Nous sommes encore en train de structurer notre association, de lui donner plus de visibilité. Et si les japonais apprécient d’avoir un cadre et que le rôle de chacun soit précisément défini, il ne faut pas que cela soit trop rigide sinon ce sont cette fois les Français qui ne le comprennent pas ! Nous essayons de recruter des parents biculturels, ce qui est plus rare mais nous aide à faire le lien entre les deux communautés. Par exemple, nous ne pouvons pas demander de tout écrire en français. Nous faisons donc des efforts et échangeons dans les deux langues. On trouve toujours quelqu’un pour traduire ou expliquer. Cela facilite les échanges et les gens qui ne parlent pas très bien français sentent qu’il y a un effort.

C’est aussi cela les échanges de culture.

M. Tominaga : Et vous, en quoi cette connaissance du Japon vous apporte quelque chose M. Lepouzé ?

M. Lepouzé : La réponse est facile : la personne qui m’est la plus précieuse, c’est mon épouse qui est japonaise ! S’intéresser au Japon, c’est aussi se rapprocher d’elle.

Cela aide aussi à comprendre l’autre, y compris un français. S’ouvrir à une autre culture est une expérience enrichissante. Je le dis pour les gens qui hésitent à s’engager dans l’association, c’est tout d’abord une expérience humaine.

Enfin c’est aussi l’occasion de progresser dans la langue japonaise, car on se retrouve dans des situations que l’on ne peut connaître à la maison.

M. Tominaga : Tout à l’heure, j’ai évoqué les projets de La Fontaine que nous avons soutenus, notamment les voyages au Japon. Continuerez-vous à en organiser ?

M. Lepouzé : C’est certainement souhaitable, notamment pour les enfants n’ayant jamais eu l’occasion de visiter le Japon. Ce qui est fantastique c’est de découvrir une culture pour la première fois. Il y a toujours les programmes Colibri . Ensuite d’autres projets d’immersion peuvent être imaginés avec des associations, ou autres… Mais cela demanderait peut être un niveau de japonais supérieur à ce qu’on pourrait trouver chez les élèves débutants car ce ne serait pas une découverte de la culture mais un investissement personnel en tant que bénévole.

M. Tominaga : Très bien, merci beaucoup M. Lepouzé et à bientôt.

M. Lepouzé : A bientôt, merci.

http://aafj-lafontaine.blogspot.fr/2009/01/collge-lyce-jean-de-la-fontaine.html

Partager cet article

Inscrivez-vous à notre lettre d’information